« Dorénavant » - Exposition à la Galerie La Ralentie

« Dorénavant » - Exposition à la Galerie La Ralentie
Exposition du vendredi 10 septembre a samedi 23 octobre 2021
Galerie La Ralentie - 22 Rue de la Fontaine au Roi, 75011 Paris

 

Lorsqu’en mai 1912, avec Nature morte à la chaise cannée, Pablo Picasso colle un morceau de toile cirée sur son tableau et l’encadre d’un cordage, il révolutionne la création artistique en associant des éléments matériels à la peinture. A la même époque, son complice Georges Braque déclinera l’exercice en apposant du papier sur ses toiles. Les premiers collages de l’Histoire de l’art venaient d’être inventés ; quelques années plus tard, les dadaïstes et les surréalistes se réapproprieront ce procédé, notamment Hannah Höch (Indian danser, 1922), Max Ernst (Une Semaine de bonté, 1933) et Jacques Prévert. Le XXe siècle mécanique avait permis de créer des images « avec de la colle et des ciseaux », comme l’avouait Prévert ; le XXIe siècle numérique ouvre aux artistes des perspectives de juxtapositions infinies ; il consacre l’ère des techniques mixtes par excellence, où se mêlent tradition (peinture, dessin) et ressources graphiques contemporaines (montages, impression numérique, etc.).
Floch est une artiste de son temps. Héritière de la lignée fondée par les pionniers du siècle dernier, elle crée des images composites en faisant appel aux technologies les plus récentes mises à sa disposition. Elle recycle parfois ses œuvres antérieures et assemble des éléments qui n’auraient, dans le réel, jamais dû se rencontrer, mais qui, loin de s’opposer, dialoguent et proposent de nouvelles associations symboliques et esthétiques.

Elle crée son Ophélie, en reprenant au crayon de couleur et à l’acrylique une photo d’un tableau personnel qui renvoie à la toile homonyme de John Everett Millais. Elle établit des passerelles entre l’abstrait et le figuratif dans Coupure, là encore réinterprétation numérique de l’un de ses tableaux, tiré à l’encre pigmentaire sur papier Hahnemühle.

Le choix de ce papier, qui offre un exceptionnel rendu, n’est pas fortuit, car Floch expérimente les supports, comme le carton bulle, le papier de Chine Wenzhou - et parfois jusqu’aux plus inattendus, comme le papier sulfurisé alimentaire qui ménage des effets de matière et pourrait s’apparenter à un tondo contrecollé lorsqu’elle le travaille au feutre dans sa série « Rêveries numériques ». Là non plus, le terme « Rêveries » ne doit rien au hasard. L’artiste, comme ses prédécesseurs surréalistes, pense que le rêve et l’inconscient, qu’elle étudie et interroge depuis des années, occupent une place importante dans le processus créatif. Toute ses œuvres en sont imprégnées. Et, comme ces artistes, elle n’hésite pas à faire appel à l’humour grinçant destiné à bousculer les conventions bien-pensantes jusque dans les titres de ses œuvres, à l’image de ce Torquemadames (feutre et crayons de couleur sur carton) si peu politiquement correct dans notre monde paradoxal, à la pensée à la fois revendicative et de plus en plus aseptisée.

Sa démarche vise à abolir les frontières entre les genres plastiques et les légendes. Ainsi, le spectateur s’interroge devant un Minotaure à la tête achéménide et le fantomatique Under his eyes. A-t-il affaire à des estampes bistrées, à des montages photographiques par superposition de strates et jeux de transparences ? Le papier Hahnemühle sur lequel ils sont tirés participe à l’esthétique raffinée de cette œuvre, numérique et cependant non-virtuelle. La rencontre de ce support et des techniques mixtes crée alors chez le regardeur l’un de ces effet de sidération qu’André Breton avait défini dans son Manifeste du surréalisme de 1924 : « La valeur de l’image dépend de la beauté de l’étincelle obtenue. »

Thierry Savatier, historien de l’art

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